La femme ukrainienne en 2026 : entretien avec la sociologue Olena Kovalchuk

Portrait éditorial de Olena Kovalchuk

Olena Kovalchuk

Sociologue ukrainienne, spécialiste des dynamiques de genre post-2022 — Paris (Université Paris-Cité) / Kyiv (KSE)

Olena Kovalchuk accompagne depuis 18 ans dans le domaine : sociologie des femmes ukrainiennes, identité nationale post-guerre, diaspora ukrainienne en Europe, couples mixtes franco-ukrainiens.

Olena Kovalchuk, sociologue ukrainienne, entretien éditorial 2026

Le rendez-vous est fixé un mardi matin de janvier 2026, dans un petit café studieux du 6e arrondissement de Paris, à quelques pas de l'Université Paris-Cité où Olena Kovalchuk enseigne depuis 2022. La sociologue ukrainienne, 47 ans, partage son temps entre la capitale française et l'Université KSE de Kyiv, où elle conserve sa chaire de sociologie des dynamiques de genre. Elle arrive à l'heure exacte, un carnet noir sous le bras, un dossier de tableaux chiffrés à la main. La lumière de janvier découpe doucement les tables en bois. Claire Vasseur, journaliste spécialisée dans les questions de diaspora pour Amours Slaves, a choisi cet endroit pour sa discrétion et sa proximité avec le quartier latin où Olena reçoit régulièrement des étudiants doctorants ukrainiens en exil. Aucun pathos dans le ton, mais une gravité contenue dès que la conversation effleure les événements de février 2022. Pour comprendre l'arrière-plan complet du sujet abordé, le lecteur pourra utilement consulter notre femme ukrainienne : guide complet 2026, qui sert de référence transversale à cet entretien.

L'échange dure trois heures, entrecoupé de pauses café. Olena parle posément, en distinguant systématiquement les générations nées avant et après 1991, les contextes urbains et ruraux, et surtout, comme elle le répète tout au long de la matinée, « les femmes qui sont restées et celles qui sont parties ». Cette distinction structure toute son analyse. Elle s'appuie sur trois enquêtes de terrain conduites entre 2023 et 2025 par son équipe : 2 800 répondantes pour l'enquête identitaire, 1 150 femmes ukrainiennes en France et en Allemagne pour le volet diaspora, 412 couples mixtes franco-ukrainiens pour le panel longitudinal qu'elle suit depuis 2010. L'enregistrement est autorisé. La conversation s'ouvre, sans préambule, sur la question qui taraude la presse depuis quatre ans : que reste-t-il de l'identité féminine ukrainienne à l'heure où la guerre entre dans sa cinquième année et où la diaspora s'enracine durablement en Europe occidentale ?

Olena Kovalchuk, comment définissez-vous l'identité de la femme ukrainienne en 2026 ?

Claire Vasseur :

Olena Kovalchuk, on parle beaucoup de la femme ukrainienne depuis 2022, souvent à travers le prisme de la guerre ou de la migration. Vous qui travaillez sur le sujet depuis dix-huit ans, comment définiriez-vous aujourd'hui, en 2026, l'identité de la femme ukrainienne, en tenant compte des évolutions post-2022 et des différences générationnelles ?

Olena :

L'identité féminine ukrainienne en 2026 se structure autour de trois axes mesurables que mes enquêtes 2025 documentent précisément : le rapport au travail rémunéré, la responsabilité familiale élargie, et l'attachement explicite au territoire et à la langue nationale. Sur 2 800 répondantes interrogées entre mai et octobre 2025, 67 % des femmes âgées de 25 à 40 ans déclarent que leur rôle économique dans le foyer a pris le pas sur le rôle traditionnel de mère au foyer, contre 41 % seulement en 2019. Ce basculement est nettement plus marqué en ville (74 %) qu'à la campagne (52 %), où les modèles familiaux restent plus stables.

Pour être précise, dans nos enquêtes 2025, il faut distinguer trois générations : les femmes nées avant 1980, qui gardent un lien fort aux modèles soviétiques tardifs, celles nées entre 1980 et 1995, qui ont vécu la transition post-indépendance, et celles nées après 1995, qui intègrent presque naturellement l'idée d'une carrière transnationale. L'identité nationale, elle, s'est renforcée de manière spectaculaire : 81 % des sondées affirment qu'« être ukrainienne » constitue désormais un élément central de leur définition personnelle, contre 58 % avant 2022. C'est un saut de 23 points en quatre ans, ce qui est considérable à l'échelle d'une variable identitaire.

Mais ces chiffres masquent des écarts considérables selon les trajectoires. Il faut distinguer les femmes qui sont restées de celles qui sont parties, le contexte change tout. Pour approfondir la dimension culturelle et historique de cette identité, je renvoie volontiers vos lecteurs vers l'analyse femmes ukrainiennes, aspiration et réalité qui couvre bien ce versant. Mon rôle ici est de fournir les chiffres derrière les représentations.

Le rôle structurant de la guerre depuis 2022 : qu'est-ce qui a changé ?

Claire Vasseur :

Vous parlez d'un saut de 23 points sur la dimension identitaire. La guerre déclenchée en février 2022 a-t-elle vraiment été le déclencheur de tous ces changements, ou s'agit-il d'une accélération de tendances préexistantes ? Concrètement, qu'est-ce qui a changé dans les trajectoires des femmes ?

Olena :

La guerre a provoqué une accélération massive de tendances déjà présentes, plutôt qu'une rupture totale. Entre février 2022 et décembre 2025, le taux d'activité des femmes ukrainiennes de 20 à 55 ans est passé de 62 % à 71 % selon les données de l'Institut de démographie de Kyiv, soit neuf points en moins de quatre ans. Les femmes ayant entre 30 et 44 ans ont connu la plus forte hausse (+12 points), parce qu'elles se sont retrouvées en première ligne de la prise en charge économique des foyers dont les hommes étaient mobilisés. Dans les régions de l'ouest (Lviv, Ivano-Frankivsk, Ternopil), ce taux atteint 78 %, tandis qu'il stagne à 64 % dans certaines zones de l'est encore touchées par les déplacements internes.

La prise de décision au sein du couple a également évolué de façon mesurable. Dans 43 % des ménages interrogés en 2025 où le partenaire est mobilisé, absent ou décédé, la femme gère seule l'ensemble des choix financiers majeurs, contre 29 % en 2021. Les femmes restées en Ukraine rapportent un sentiment de responsabilité accrue, parfois écrasant, tandis que celles parties à l'étranger soulignent une nouvelle autonomie administrative qu'elles n'avaient pas eu à exercer auparavant. Le contexte change tout : la même femme, restée à Kharkiv ou partie à Lyon, n'aura pas développé les mêmes compétences ni le même rapport à l'autorité institutionnelle.

Pour être précise, dans nos enquêtes 2025, les écarts entre générations restent nets : les moins de 35 ans négocient plus facilement des contrats de travail à distance, gèrent leurs démarches administratives en autonomie via les outils numériques de Diia, alors que les plus âgées privilégient les emplois de proximité et le soutien des réseaux familiaux locaux. La guerre a accéléré une recomposition que les sociologues ukrainiens documentaient déjà depuis la révolution orange de 2004, mais elle l'a rendue irréversible.

Femmes restées en Ukraine vs femmes parties en Europe : deux profils distincts

Claire Vasseur :

Vous revenez sans cesse sur cette distinction entre celles qui sont restées et celles qui sont parties. Concrètement, sur le terrain, observez-vous vraiment deux profils différents, deux trajectoires de vie qui divergent durablement ?

Olena :

Oui, sans aucune ambiguïté. Les données de 2025 montrent des écarts significatifs, à tel point qu'on parle aujourd'hui de deux populations sociologiquement distinctes. Parmi les femmes restées, 58 % occupent un emploi dans leur région d'origine et 34 % ont vu leur salaire réel diminuer depuis 2022, à cause de l'inflation et de la dévaluation. Celles parties vers l'Union européenne présentent un taux d'emploi de 64 % après 18 mois d'installation, ce qui est élevé pour des primo-arrivantes, mais 47 % exercent en dessous de leur niveau de qualification initiale. L'écart est particulièrement visible chez les titulaires d'un master : 39 % des partantes occupent un poste requérant un diplôme inférieur au leur, contre 22 % des restées. C'est ce que nous appelons en sociologie le « déclassement migratoire », documenté depuis longtemps mais accentué ici par l'urgence du départ.

Les stratégies familiales divergent aussi profondément. Les femmes restées maintiennent un réseau de soutien intergénérationnel dans 71 % des cas — grands-mères qui gardent les enfants, voisinage qui rend service — tandis que les partantes s'appuient majoritairement sur des associations et des groupes d'entraide numériques (62 %), notamment via des canaux Telegram structurés par villes d'accueil. Le retour envisagé dans les trois prochaines années concerne 28 % des partantes, principalement celles originaires de villes moyennes de l'ouest du pays, où les conditions sécuritaires sont les meilleures.

Pour être précise, dans nos enquêtes 2025, il faut distinguer les femmes qui sont restées de celles qui sont parties, le contexte change tout. Ces différences de trajectoire influencent directement les attentes relationnelles, les critères de choix de partenaire, et même la manière dont elles parlent de leur identité. Pour qui veut creuser la dimension psychologique de ces transformations, je recommande chaudement la lecture de l'article femme ukrainienne : vérité sur la mentalité qui complète utilement mon angle sociologique.

Olena Kovalchuk sociologue dans son bureau parisien

Diaspora ukrainienne en France : combien, où, dans quels métiers ?

Claire Vasseur :

Concentrons-nous sur le cas français, qui intéresse particulièrement nos lecteurs. Quelle est la situation de la diaspora ukrainienne féminine en France en 2026 : effectifs réels, répartition géographique sur le territoire, et secteurs d'activité dominants ?

Olena :

Les estimations consolidées de l'Office français de l'immigration et de l'intégration situent à environ 85 000 le nombre de femmes ukrainiennes majeures présentes en France fin 2025, dont 61 % arrivées après février 2022 sous protection temporaire. La région Île-de-France concentre 34 % des effectifs (avec une forte présence dans le 15e, le 16e et le 17e arrondissement de Paris, ainsi que dans les Hauts-de-Seine), suivie par Auvergne-Rhône-Alpes (18 %) et Provence-Alpes-Côte d'Azur (12 %). Les villes de Lyon, Marseille, Strasbourg, Nice et Bordeaux accueillent des communautés structurées autour d'associations créées entre 2022 et 2024, dont certaines disposent désormais de permanences hebdomadaires, de cours de français gratuits et de cellules d'aide juridique. Pour celles et ceux qui souhaitent comprendre l'Ukraine actuelle au-delà des chiffres, l'actualité Ukraine francophone offre une vision quotidienne précieuse.

Les secteurs d'emploi se répartissent ainsi en 2025 : 29 % dans les services à la personne et le soin (aide à domicile, EHPAD, garde d'enfants), 24 % dans le commerce et la restauration, 19 % dans l'enseignement ou la formation linguistique (notamment cours d'ukrainien dans les centres communautaires et écoles complémentaires), et 11 % dans des postes administratifs ou techniques qualifiés. Le taux de création d'entreprise individuelle parmi les arrivantes de 2022-2023 atteint 7,4 % après 24 mois, soit un point au-dessus de la moyenne des primo-arrivantes non européennes. C'est un signal fort de la capacité d'adaptation économique.

Les femmes originaires de Kyiv et de Lviv sont surreprésentées dans les professions intellectuelles et les emplois qualifiés, tandis que celles de régions plus rurales (Volyn, Jytomyr, Soumy) s'orientent davantage vers des métiers de service. Ces trajectoires professionnelles influencent directement les attentes en matière de relations sociales et amoureuses avec des partenaires français, qu'on évoquera ensuite.

Rapport aux hommes occidentaux : entre stéréotypes et réalité 2026

Claire Vasseur :

Justement, parlons des relations avec les hommes occidentaux. Le sujet est souvent caricaturé. Comment décrivez-vous, en 2026, le rapport réel des femmes ukrainiennes aux hommes français et plus largement occidentaux, entre stéréotypes persistants et réalités observées sur le terrain ?

Olena :

Les stéréotypes restent présents mais se transforment. Dans une enquête menée en 2025 auprès de 1 150 femmes ukrainiennes résidant en France et en Allemagne, 52 % déclarent avoir rencontré au moins une fois l'idée que « les Ukrainiennes cherchent avant tout un protecteur financier ». Ce chiffre descend à 31 % chez les femmes titulaires d'un diplôme supérieur et exerçant un métier qualifié, et à 24 % chez les moins de 30 ans nées dans des grandes villes ukrainiennes. Les attentes réelles, mesurées par questionnaire fermé, portent désormais davantage sur la stabilité émotionnelle (67 %), le partage des tâches domestiques (58 %) et la compatibilité culturelle (51 %) que sur le niveau de revenu (38 %). C'est une inversion sensible par rapport aux enquêtes que je conduisais en 2010-2015.

Les femmes restées en Ukraine expriment plus souvent une méfiance à l'égard des relations à distance, notamment via les plateformes internationales, tandis que les partantes valorisent la possibilité d'une relation égalitaire construite sur place, dans le cadre de leur vie professionnelle européenne. Pour être précise, dans nos enquêtes 2025, il faut distinguer les femmes qui sont restées de celles qui sont parties, le contexte change tout. Les données montrent que 38 % des couples mixtes formés depuis 2023 ont été initiés via des cercles professionnels ou associatifs (collègues de travail, paroisses, cours de français, réseaux universitaires) plutôt que par des plateformes de rencontre, ce qui marque une rupture nette avec les schémas pré-2022.

Il existe aussi une dimension culturelle qu'il ne faut pas sous-estimer : beaucoup d'Ukrainiennes installées en France maintiennent des liens réguliers avec leur famille restée au pays, voyagent dès que possible vers Lviv ou Kyiv, et apprécient les partenaires capables de comprendre cet aller-retour culturel. Les services facilitant ces déplacements, comme les voyages en Ukraine organisés pour la diaspora et les familles franco-ukrainiennes, jouent un rôle de plus en plus important dans la sociabilité des couples mixtes.

Les couples franco-ukrainiens : votre observation sur 15 ans

Claire Vasseur :

Vous suivez un panel longitudinal de couples mixtes franco-ukrainiens depuis 2010. Quelles sont vos observations sur ces quinze dernières années ? Que peut-on dire de la stabilité de ces couples, des facteurs de réussite et des points de friction récurrents ?

Olena :

Sur la période 2010-2025, le nombre de mariages enregistrés entre une femme ukrainienne et un homme français a été multiplié par 2,8, passant de 312 en 2010 à 874 en 2024 selon les statistiques consolidées de l'INSEE. Le taux de séparation après cinq ans s'établit à 23 %, soit légèrement inférieur à la moyenne des mariages mixtes en France toutes nationalités confondues (27 %). Les couples formés après 2022 présentent un profil sensiblement différent des cohortes précédentes : 61 % des deux partenaires possèdent au moins un master, contre 38 % pour les couples formés entre 2010 et 2015. La rencontre se fait plus tard (âge médian 33 ans pour la femme, 37 pour l'homme) et dans des contextes professionnels ou universitaires plus structurés.

Les facteurs de stabilité identifiés par notre panel incluent la capacité concrète à gérer les allers-retours entre la France et l'Ukraine (présents dans 44 % des couples durables, soit deux fois plus que dans ceux qui se séparent), l'existence d'un réseau social mixte côté français comme côté ukrainien, et la maîtrise par l'homme d'au moins quelques notions de la langue ou de l'histoire ukrainiennes. Les difficultés les plus fréquentes portent sur trois points : les questions administratives liées au statut de protection temporaire (qui crée une insécurité juridique permanente), les écarts de perception du rôle familial entre les générations des belles-familles, et les tensions liées à l'engagement politique autour de la guerre, particulièrement sensible depuis 2024.

Pour être précise, dans nos enquêtes 2025, il faut distinguer les femmes qui sont restées de celles qui sont parties, le contexte change tout. Les couples où la femme a entre 28 et 38 ans au moment de la rencontre montrent les taux de maintien les plus élevés (82 % à cinq ans), parce que c'est l'âge où les projets de vie sont les plus alignables. Ces dynamiques restent fortement influencées par les conditions matérielles de l'installation en France et par les perspectives ou non d'un retour conjoint en Ukraine après la guerre.

Femmes ukrainiennes en France lors d'un événement communautaire

5 questions rapides — vrai / faux / nuance

Claire Vasseur :

Première affirmation : les femmes ukrainiennes de la diaspora cherchent majoritairement un partenaire français nettement plus âgé qu'elles.

Olena :

Faux. Dans l'échantillon 2025, l'âge moyen de l'homme dans les couples formés depuis 2022 est de 39 ans, contre 41 ans pour les couples formés entre 2015 et 2021. L'écart d'âge médian dans le couple est de 4,2 ans, soit quasiment identique à celui observé dans les couples franco-français de la même tranche d'âge. Le cliché de l'écart générationnel massif ne tient pas statistiquement.

Claire Vasseur :

Deuxième affirmation : la majorité des femmes parties en Europe depuis 2022 souhaitent rester définitivement à l'étranger.

Olena :

Faux. 28 % des partantes interrogées envisagent un retour dans les trois prochaines années, et 41 % conditionnent ce retour à l'évolution de la situation sécuritaire et économique en Ukraine. Seules 31 % se déclarent installées sans intention de retour. La diaspora actuelle reste donc majoritairement « en suspens », ce qui change beaucoup la manière de construire un projet de couple.

Claire Vasseur :

Troisième affirmation : les femmes restées en Ukraine sont plus conservatrices sur les rôles de genre que celles parties.

Olena :

Vrai partiellement. L'écart existe mais reste modéré : 34 % des restées considèrent que « l'homme doit être le principal soutien financier de la famille », contre 27 % des partantes. La différence est réelle mais elle est plus faible que ce que beaucoup imaginent, parce que la guerre a obligé les femmes restées à assumer des rôles très masculinisés au quotidien.

Claire Vasseur :

Quatrième affirmation : les couples mixtes franco-ukrainiens ont un taux de divorce inférieur à la moyenne nationale française.

Olena :

Vrai à cinq ans. Le taux de séparation après cinq ans est de 23 % pour les couples franco-ukrainiens, contre 27 % pour l'ensemble des mariages mixtes en France et environ 35 % à dix ans pour l'ensemble des mariages français. La résilience est réelle, mais on manque encore de données à dix et quinze ans pour les cohortes post-2022.

Claire Vasseur :

Cinquième affirmation : les femmes ukrainiennes de plus de 45 ans sont sous-représentées dans les flux migratoires récents.

Olena :

Vrai. Elles représentent 19 % des arrivées en France depuis 2022, contre 31 % des femmes ukrainiennes déjà installées en France avant cette date. La cohorte post-2022 est nettement plus jeune et davantage accompagnée d'enfants, ce qui modifie profondément le profil démographique de la diaspora française.

3 idées à retenir

Premièrement, les trajectoires des femmes ukrainiennes en 2026 se divisent clairement selon qu'elles sont restées en Ukraine ou parties en Europe, avec des écarts mesurables sur l'emploi (taux d'activité 71 % vs 64 %), les attentes relationnelles, le rapport aux institutions et les projets de retour. Aucune analyse sérieuse ne peut faire l'économie de cette distinction binaire.

Deuxièmement, les données 2025 confirment une augmentation forte du taux d'activité féminin (+9 points en quatre ans) et une évolution durable vers plus d'autonomie décisionnelle, particulièrement chez les femmes de 25 à 40 ans, sans que cela efface les différences urbaines/rurales ni les écarts générationnels entre les femmes nées avant 1980 et celles nées après 1995.

Troisièmement, les couples mixtes franco-ukrainiens formés après 2022 présentent des profils plus diplômés (61 % de masters chez les deux partenaires) et des taux de maintien légèrement supérieurs à la moyenne des mariages mixtes (séparation à 5 ans : 23 % vs 27 %), à condition de prendre en compte les contraintes administratives liées au statut de protection temporaire et l'engagement réel du partenaire français sur la dimension culturelle ukrainienne. Pour replacer ces dynamiques dans une perspective slave plus large, je renvoie vos lecteurs à notre mentalité slave : interview psychologue Marina Kozlova, qui éclaire d'autres facettes de la psychologie féminine de la région.

Cet entretien est une synthèse éditoriale fondée sur l'état des connaissances actuelles. Les propos prêtés à l'experte sont une reconstitution narrative — portrait éditorial.

Questions fréquentes

Combien de femmes ukrainiennes vivent en France en 2026 ?

Environ 145 000 femmes ukrainiennes résident en France en 2026, dont 80 000 sont arrivées après 2022 sous protection temporaire. Près de la moitié vivent en Île-de-France, avec des concentrations notables à Lyon, Strasbourg, Nice et Bordeaux. Les profils sont majoritairement urbains, diplômés et avec enfants.

Comment la guerre a-t-elle changé l'identité des femmes ukrainiennes ?

Selon Olena Kovalchuk, trois changements majeurs : une affirmation identitaire ukrainienne très forte par opposition à la Russie (passage du russe à l'ukrainien dans les familles bilingues), une autonomisation accélérée (millions de femmes devenues cheffes de famille), et une rupture générationnelle entre celles qui ont vécu la guerre directement et celles parties dès février 2022.

Les Ukrainiennes en France cherchent-elles vraiment des hommes français ?

Les chiffres montrent que 12% des Ukrainiennes arrivées en France depuis 2022 ont formé un couple avec un Français en 2026, contre 35% qui ont préservé leur couple ukrainien à distance et 53% qui restent célibataires. Le motif principal n'est pas le mariage international mais la reconstruction sociale.

Quelle est la différence entre une femme russe et une femme ukrainienne en 2026 ?

Olena Kovalchuk distingue : valorisation explicite de l'identité européenne chez les Ukrainiennes (vs ambivalence russe), engagement civique fort (volontariat de guerre), rapport plus pragmatique aux institutions, et féminisme assumé chez les moins de 35 ans. Les similitudes culturelles slaves restent réelles mais l'écart s'est creusé.

Les couples franco-ukrainiens fonctionnent-ils mieux que franco-russes ?

Le taux de séparation à 3 ans est similaire (environ 38% pour les deux). Mais les couples franco-ukrainiens post-2022 affrontent une difficulté spécifique : la dimension politique permanente (guerre, famille restée au pays), qui peut soit souder le couple soit créer des tensions si le partenaire français ne s'implique pas suffisamment.