Katarina Nowak styliste polonaise mode slave contemporaine Paris atelier

Mode slave contemporaine à Paris : interview de Katarina Nowak, styliste polonaise — héritage textile et création en 2026

Portrait Katarina Nowak styliste polonaise mode slave Paris

Katarina Nowak

Styliste polonaise, Directrice artistique — Atelier Nowak, Paris

15 ans d'expérience · Ancienne du Studio Berçot · Spécialiste du textile slave contemporain

Katarina Nowak crée depuis 2009 des collections qui réinterprètent l'héritage textile slave — broderies de Mazovie, dentelles ukrainiennes, motifs kilim du Caucase — dans une esthétique contemporaine de luxe sobre. Son atelier parisien, situé dans le 10e arrondissement, expose et vend ses créations à une clientèle internationale franco-slave. Elle collabore avec des musées d'arts décoratifs et intervient régulièrement dans des conférences sur le textile slave à Paris et Varsovie.

Quand Katarina Nowak a débarqué à Paris au début des années 2010, elle portait dans ses valises bien plus que ses croquis de styliste : c'est tout un héritage textile slave qu'elle entendait faire connaître à la capitale mondiale de la mode. Quinze ans plus tard, son atelier dans le 10e arrondissement est devenu une adresse discrète mais incontournable pour qui cherche la jonction entre les codes vestimentaires de l'Est et l'élégance française. Son travail s'inscrit dans un mouvement plus large : la mode slave contemporaine est en pleine renaissance internationale, portée par des créateurs qui réinterprètent vyshyvanka ukrainienne, broderies de Mazovie et sarafane russe pour des marchés exigeants.

Cette vague n'est pas née de nulle part. La guerre en Ukraine depuis 2022 a conféré à la vyshyvanka le statut de symbole de résistance culturelle mondiale, portée par des chefs d'État, des célébrités et des millions d'Ukrainiens sur tous les continents. Et au-delà de la dimension politique, c'est une attention renouvelée au patrimoine textile slave qui s'observe sur les fashion weeks de Varsovie, Tbilissi et dans les ateliers de broderie de Lviv. Nous avons rencontré Katarina pour décrypter ce phénomène — et pour savoir ce que notre guide beauté et style des femmes slaves ne peut pas vous apprendre seul : comment la mode slave se vit, se porte et se crée à Paris aujourd'hui.

Question : Katarina, qu'est-ce qui vous a amenée à Paris et à vous spécialiser dans la mode slave contemporaine ? Y a-t-il eu un déclic particulier ?

Paris était une évidence pour moi, comme pour beaucoup de stylistes européens. Mais je voulais y apporter quelque chose que la mode française n'avait pas encore vraiment exploré avec sérieux — pas comme un exotisme de saison, mais comme une profondeur esthétique à part entière. J'ai fait mes classes au Studio Berçot, où on m'a appris à regarder les costumes populaires comme des sources de formes, pas de clichés. C'est là que j'ai commencé à documenter sérieusement les textiles slaves : les broderies de Mazovie avec leurs motifs géométriques en rouge et noir, les dentelles de Koniaków qui sont d'une finesse comparable à la dentelle de Bruges, les velours coupés de Pologne du Sud. Mon premier défilé à Paris, en 2011, présentait des pièces qui mêlaient la coupe française à des broderies slaves faites à la main par des artisanes que j'avais rencontrées dans des villages près de Łódź. La presse l'a appelé "l'Est qui défile à l'Ouest". Moi, j'appelle ça simplement ce que je suis.

Question : La vyshyvanka ukrainienne est devenue un symbole international depuis 2022 — sa portée a explosé bien au-delà de la mode. Comment percevez-vous cette politisation du vêtement traditionnel ?

C'est un phénomène à double tranchant, et je le dis avec beaucoup de respect pour ce que vivent les Ukrainiens. D'un côté, la visibilité de la vyshyvanka n'a jamais été aussi grande — des dirigeants politiques qui la portent en visite officielle, des célébrités qui l'arborent sur les tapis rouges, des millions de personnes qui la choisissent comme affirmation identitaire. C'est extraordinaire pour la reconnaissance d'un patrimoine textile longtemps méconnu hors d'Ukraine. De l'autre, il y a un risque réel de réduction : on réduit parfois un objet textile d'une richesse inouïe — il existe des centaines de variantes régionales, des techniques de broderie qui diffèrent radicalement d'une oblast à l'autre — à un symbole politique unique. Ce n'est pas une critique, c'est une observation. En tant que styliste, mon travail est justement de creuser derrière le symbole pour retrouver la profondeur. La vyshyvanka de Poltava n'est pas celle de Lviv. Celle de Bukovine parle une esthétique que celle de Kharkiv ne connaît pas. Cette diversité, c'est ce qui rend le textile ukrainien fascinant pour un créateur.

Question : En 2026, quels sont les motifs et techniques textiles slaves qui inspirent le plus la mode internationale — au-delà de la vyshyvanka ?

Il y a plusieurs directions très fortes en ce moment. Les broderies au shibori slave — c'est-à-dire une technique de teinture à réserve que certains Slaves du Sud pratiquaient sur la soie — intéressent beaucoup les maisons de luxe japonaises et françaises. La soutache polonaise, ce cordonnet plat avec lequel on crée des broderies en relief, revient en force dans la maroquinerie et la bijouterie. Le kilim — ce motif géométrique tissé, qu'on retrouve en Pologne, en Bulgarie, en Serbie et dans les Carpates — inspire des imprimés qui ont été repris par des marques scandinaves et des créateurs berlinois. Et puis il y a le haftowanie polonais au fil d'or, que j'utilise personnellement dans mes robes de soirée — c'est une technique qui n'a rien à envier aux broderies Lesage. Ce que j'observe, c'est que les acheteurs et directeurs artistiques qui viennent dans mon atelier n'arrivent plus avec des préjugés sur l'"artisanat de l'Est" — ils arrivent avec une vraie curiosité technique. Comme l'explique très bien l'éthologue qui analyse la beauté slave dans sa propre interview, l'esthétique slave contemporaine n'est plus perçue comme périphérique — elle est au cœur d'un renouveau de l'artisanat de luxe.

Broderies slaves contemporaines vyshyvanka soutache polonaise textiles

Question : Question très pratique : comment une femme française peut-elle intégrer des pièces slaves dans sa garde-robe quotidienne sans tomber dans le costume ou le cliché ?

C'est la question que me posent le plus souvent mes clientes françaises, et la réponse tient en un principe : une pièce forte, tout le reste neutre. Si vous portez une chemise brodée slave — une vraie, pas une imitation de fast fashion — vous la portez avec un jean droit ou un pantalon de tailleur gris, une veste noire sobre, des bottines unies. La pièce slave devient l'âme de la tenue sans dominer l'ensemble. Idem pour un sarafane réinterprété : on ne le porte pas avec d'autres éléments à motifs. La règle d'or de l'élégance s'applique ici comme ailleurs — une seule voix forte suffit. Pour commencer, je conseille les accessoires : une ceinture brodée en lin, un sac en cuir avec une applique à motif kilim, des boucles d'oreilles en filigrane slave. Ce sont des pièces qui s'intègrent naturellement dans une garde-robe parisienne classique et qui ouvrent la porte vers un univers esthétique nouveau sans dénaturer ce qu'on aime déjà de son propre style.

Question : Quels stylistes slaves vous inspirent le plus en 2026 — en dehors de la Pologne et de l'Ukraine, pour varier les références ?

Je suis de très près ce qui se passe en Géorgie — et je ne parle pas de Tbilissi comme d'un effet de mode, j'y suis allée travailler deux fois ces dernières années. Des créateurs comme Demna Gvasalia, bien sûr, qui a transformé Balenciaga avec un œil slave-caucasien très particulier sur la silhouette et le rapport au vêtement de masse. Mais aussi des maisons moins connues comme Aleksandre Akhalkatsishvili ou les collections de Lado Bokuchava, qui travaillent la drapé géorgien traditionnel — le chokha — avec des matières contemporaines étonnantes. En Serbie, des créateurs comme Marina Testino ou le collectif New (Old) Youth à Belgrade revisitent le costume serbe avec une ironie post-moderne qui me fascine. En Bulgarie, il y a une scène très intéressante autour des motifs de martenitsa réinterprétés en bijouterie. La scène slave est bien plus large que l'axe Varsovie-Kiev, et c'est là que les découvertes les plus intéressantes se font encore.

Question : Justement, parlons des fashion weeks slaves — Varsovie, Kiev, mais aussi Tbilissi. Où en sont-elles par rapport à Paris, Milan ou New York ?

La comparaison directe n'a pas vraiment de sens parce qu'elles ne jouent pas dans la même catégorie — et c'est précisément ce qui les rend intéressantes. Paris, Milan, New York, c'est le marché du luxe mondial, les acheteurs des grands groupes, les budgets colossaux. Varsovie et Tbilissi, c'est l'endroit où des créateurs prennent des risques que les grandes semaines ne permettent plus — des pièces vraiment artisanales, des processus de fabrication transparents, des narrations culturelles profondes. La Fashion Week de Tbilissi est devenue un passage obligé pour les scouts des grands groupes depuis 2018. Kiev, avant et après 2022, était en train de construire une scène très cohérente autour d'un luxe ukrainien contemporain — la guerre a disloqué beaucoup de cela, mais des créateurs continuent à défiler à Paris ou à Berlin. Pour des témoignages très concrets de cette circulation culturelle entre l'Est et Paris, je recommande d'ailleurs de lire le regard d'Une Russe à Paris, qui documente ce croisement culturel slave-français au quotidien depuis des années.

Question : Y a-t-il un vrai pont entre la mode slave artisanale et le marché du luxe français ? Ou reste-t-on dans des niches parallèles ?

Ce pont existe, mais il est encore étroit et peu formalisé. Les maisons de luxe françaises ont des bureaux de style qui voyagent en Europe de l'Est pour documenter les textiles et les motifs. La broderie de Lviv nourrit des ateliers sous-traitants de la haute couture parisienne — c'est un fait documenté depuis plus de dix ans. Ce qui manque, c'est la traçabilité et la valorisation de cette influence. Quand un défilé Dior ou Chanel présente des motifs "slavisants", l'origine n'est presque jamais mentionnée. Ce que je fais dans mon atelier, à ma petite échelle, c'est exactement l'inverse : nommer les techniques, les régions, les artisanes. Sur chaque pièce, vous savez si la broderie a été faite à Cracovie ou à Lviv, si le fil est un lin de Mazovie ou un coton de Bulgarie. C'est ce que j'appelle le luxe de la transparence. Et pour ceux qui veulent comprendre précisément les termes textiles et culturels slaves qui traversent cet univers, notre lexique de la beauté slave est un bon point de départ.

Luxe textile slave Paris atelier broderie polonaise ukrainienne contemporaine

Question : Comment la femme slave contemporaine s'habille-t-elle aujourd'hui, dans sa vie quotidienne — entre tradition et modernité ? Y a-t-il un style proprement slave contemporain ?

Il y a autant de femmes slaves que de styles slaves contemporains, et c'est une première réponse importante — ne réduisons pas. Mais oui, il y a des tendances qui traversent les capitales slaves : un goût pour le classique bien coupé qui transcende les modes passagères, une attention à la qualité des matières — notamment le lin, le cuir souple et la laine naturelle — et une façon de porter la féminité qui n'est pas liée à l'exposition du corps mais à l'harmonie de la silhouette. Les femmes que j'habille — polonaises, ukrainiennes, russes, bulgares installées à Paris — ont souvent une relation très précise à leur vêtement : elles savent ce qui leur va, elles n'achètent pas par impulsion, elles construisent leur garde-robe comme on construit un intérieur. Il y a aussi une fierté culturelle qui revient, surtout chez les jeunes générations : porter une pièce qui fait référence à leurs racines n'est plus perçu comme ringard mais comme une affirmation d'identité. La vyshyvanka à Kiev ou Varsovie n'est plus portée seulement pour les fêtes nationales — elle s'invite dans les cafés du dimanche matin.

Question : Pour finir : qu'est-ce que vous conseilleriez à un jeune créateur français qui voudrait s'inspirer du textile slave sans tomber dans l'appropriation culturelle ?

La frontière entre inspiration et appropriation n'est pas une ligne fixe — c'est une question d'intention, de transparence et de relation. S'inspirer d'une technique textile slave, c'est admissible et stimulant, à condition de le nommer clairement et, idéalement, de collaborer avec des artisanes de la région d'origine. Ce que je déconseille absolument, c'est de photocopier un motif traditionnel sans comprendre ce qu'il signifie. Chaque broderie slave est un texte — elle parle d'une région, d'un statut, d'une saison rituelle, d'une croyance. L'ignorer, c'est ne pas entendre ce que le vêtement dit. Ma recommandation pratique : commencez par étudier. Lisez, voyagez, rencontrez des artisans. Les proverbes slaves sur la beauté et l'art donnent une idée de la philosophie esthétique que ces cultures portent — c'est un bon point d'entrée. Ensuite, travaillez avec des personnes de cette culture, pas seulement sur elle. Et si votre démarche est sincère, dites-le : les communautés slaves répondent très bien à la curiosité authentique. Ce qui agace, c'est le silence commercial — prendre sans reconnaître.

Les 3 pièces slaves incontournables de la garde-robe en 2026

1. La vyshyvanka brodée contemporaine

La vyshyvanka — chemise brodée ukrainienne — s'est imposée bien au-delà de ses frontières d'origine. En 2026, on la porte en version contemporaine : coupe droite en lin épais, broderies géométriques en rouge et noir de la région de Poltava, ou broderies florales multicolores de Vinnytsia. À Paris, des créateurs comme Vita Kin proposent des vyshyvanka réinterprétées pour un marché de luxe international. La porter : avec un jean droit en denim brut, des bottines chelsea en cuir, sans aucun autre accessoire ethnique. Où trouver : les marchés artisanaux des associations ukrainiennes de Paris, ou en direct auprès d'artisanes sur des plateformes de commerce équitable ukrainiennes.

2. Le sarafane russe réinterprété

Le sarafane — robe trapèze traditionnelle russe sans manches — a inspiré plusieurs collections de créateurs contemporains. Dans sa version contemporaine, il abandonne les broderies folkloriques voyantes pour une silhouette épurée en lin ou en coton texturé, souvent monochrome. Porté sur une chemise blanche à col ou un col roulé léger en hiver, il devient une pièce de vestiaire contemporain étonnamment polyvalente. Des créateurs comme Ulyana Sergeenko l'ont introduit dans des collections haute couture présentées à Paris. Sa cousine polonaise, le spódnica dziewczęca, suit la même logique de réinterprétation épurée dans les ateliers de Łódź.

3. Les bijoux ethniques slaves en filigrane

Les bijoux slaves traditionnels — fibules, amulettes, colliers de perles de verre millefiori, bagues en argent gravées de motifs solaires — connaissent un retour en force. Le filigrane slave (en polonais : filigran), travail d'orfèvrerie en fil d'argent ou d'or torsadé formant des motifs délicats, est une technique que des bijoutiers de Bulgarie, de Serbie et d'Ukraine pratiquent encore dans leurs ateliers familiaux. La soutache polonaise — ce cordonnet plat brodé pour former des bijoux en relief — est également en vogue dans les ateliers de Paris. Ces pièces se portent sobrement sur un col roulé noir : une seule fibule suffira à transformer une tenue minimaliste en quelque chose qui a une âme.

Ce que la mode slave apporte à la création contemporaine

En quinze ans de travail à Paris, Katarina Nowak a vu le regard sur la mode slave se transformer profondément. Ce qui était perçu comme un artisanat folklorique de l'Est est maintenant reconnu comme une source de formes, de techniques et de philosophies esthétiques d'une richesse comparable aux traditions japonaises ou africaines que la mode occidentale a intégrées depuis longtemps. L'héritage textile slave — dans sa diversité régionale, dans la précision de ses techniques, dans la profondeur de ses codes symboliques — offre à la création contemporaine un territoire immense et encore largement inexploré. La mode franco-slave qui émerge à Paris, dans des ateliers comme celui de Katarina, est l'une des expressions les plus intéressantes de ce dialogue : elle ne dilue pas, elle traduit. Et cette traduction, portée avec soin et sincérité, enrichit autant ceux qui la créent que ceux qui la portent.

Questions fréquentes sur la mode slave contemporaine

La vyshyvanka est la chemise brodée traditionnelle ukrainienne, véritable emblème du patrimoine textile slave. Ses broderies géométriques ou florales varient selon les régions — Poltava, Lviv, Vinnytsia ont chacune leurs codes distinctifs. Depuis 2022, elle est devenue un symbole international de résistance culturelle ukrainienne. En mode contemporaine, des créateurs comme Vita Kin l'ont réinterprétée pour des marchés de luxe internationaux.

Le principe est simple : une pièce slave forte, tout le reste neutre. Une chemise brodée en lin avec un jean droit et des bottines unies. Un châle kilim sur un manteau noir sobre. Les accessoires — ceinture brodée, sac à motif folk, bijoux en filigrane slave — sont la porte d'entrée la plus accessible pour les débutantes. L'essentiel est d'éviter de superposer plusieurs pièces à motifs.

Vita Kin (Ukraine) est la référence absolue pour la broderie slave contemporaine. Anton Belinskiy (Ukraine) explore une mode urbaine slave-punk. En Pologne, Elementy et Risk Made In Warsaw modernisent le folk. Ulyana Sergeenko intègre des éléments du folklore russe dans des collections Haute Couture. La Fashion Week de Tbilissi révèle régulièrement de jeunes créateurs géorgiens et slaves du Caucase d'un très grand intérêt.

Oui, même si cette influence est rarement nommée. Des maisons comme Chanel, Dior et Saint Laurent ont intégré des motifs folkloriques d'Europe de l'Est dans plusieurs collections. Les broderies de Lviv alimentent des ateliers sous-traitants de la haute couture parisienne depuis plus de dix ans. La soutache polonaise, le filigrane slave et les motifs kilim inspirent les directeurs artistiques qui voyagent régulièrement en Europe centrale et orientale.

À Paris, cherchez dans les boutiques ethniques-contemporaines du Marais et de Saint-Germain-des-Prés pour des créations de stylistes ukrainiens et polonais. Les associations culturelles slaves organisent des marchés artisanaux réguliers où vous pouvez acheter directement aux artisanes. En ligne, Etsy regorge d'ateliers ukrainiens et polonais qui expédient des vyshyvanka brodées à la main et des bijoux en filigrane authentiques.