Amours slaves
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La race Slave

LES POPULATIONS PRÉSLAVES

Il n’entre pas dans notre propos de parler en détail des peuples qui ont précédé les Slaves dans la plaine de l’Europe orientale. A part les Finnois qui, sédentaires, habitaient le long des rivières du nord et du centre et qui ont exercé, nous le verrons, une influence certaine sur la formation de l’ethnie grand-russienne, les autres ont passé comme le vent de leurs steppes natales. Leur apport racial a été sans doute insignifiant et il est, en tout cas, indéterminable.

Nous ne citerons que pour mémoire les habitants préhistoriques de la Russie, dont on a retrouvé les vestiges dans de nombreux kourganes (tumuli) : pierres éclatées de l'ère paléolithique, pierres polies néolithiques, céramiques et objets en bronze de la civilisa­tion dite de Tripolié, du nom d’un village des bords du Dniepr.

La période historique primitive voit se succéder dans la plaine russe des peuples nomades qui, parfois, créent de vastes empires, mais qui disparaissent sans presque laisser de trace. Ce furent d’abord les Cimmériens, peuple indo-européen dont l’État semble avoir existé du vm° au vne siècle avant notre ère. Us furent remplacés par les Scythes, peuple iranien (c’est-à-dire également indo-européen), qui régna du vuc siècle au ue siècle entre la Volga et le Danube; les Scythes ■liaient arrivés à un stade de civilisation assez avancé; leur commerce était florissant et ils possédaient un art à eux, d'ailleurs fortement influencé par celui des riches colonies grecques de la Chcrsonèse i unique (Crimée) : Héraclée, Chersonèse, Panticapée. Un autre peuple iranien succéda aux Scythes, les Sarmates, dont la domi­nation s’étendit du Don au Danube; on les appelle aussi Alains ou Roxolans, et les Ossètes du Caucase semblent être leurs descen­dants.

La décadence des empires iraniens attira dans la steppe des envahisseurs venus cette fois d’Europe. Au 11e siècle avant J.-C., lcr. Itastarnes, Germains orientaux, descendent jusqu’aux bouches du Dniepr, premier exemple du Drang nach Ostert; leurs marchands reconnaissent avoir contribué à la création d’un emporium au bord du Volkhov, sur l'emplacement du futur Novgorod. Puis vinrent, vers I ’an 200 de notre ère, les Goths, Germains originaires de Scandinavie. Ils se répartirent en Ostrogoths, du Don inférieur au Bas-Dniestr, en Visigoths, du Bas-Dniestr au Danube, étape sur le chemin qui devait les conduire jusqu’en Espagne.

Cependant, de plus terribles cavaliers encore accourent du fond de l’Asie : les Huns, au ive siècle, balaient Iraniens et Germains, détruisent une civilisation florissante et font régner la terreur de la Caspienne aux Carpathes. D’autres Turco-Mongols les talonnent, les Avars (Obres en russe) dont l’invasion, au vie siècle, rejette vers le Dniepr les Slaves qui habitaient la région du Bas-Danube.

ORIGINE ET DISPERSION DES SLAVES

Les Slaves forment un des grands rameaux de l’immense famille aryenne ou indo-européenne, famille, on le sait, de nature plus linguistique qu’ethnographique, car les Aryens primitifs, venus on ne sait d’où, se mêlèrent nécessairement aux populations autoch­tones de l’Europe avant de leur imposer leur langue et leurs cou­tumes.

Les langues slaves sont nettement indo-européennes et leurs racines peuvent aisément être rapprochées de celles des autres idiomes de la même famille : c’est ainsi que « deux » et « trois » se disent en russe dva et tri, que « maison » se dit dont (domus en latin), « feu » ogon' (1) (ignis en latin, agni en sanscrit), « aimer» lioubil’ (lieben en allemand, love en anglais).

Nous connaissons fort mal l’histoire des tribus slaves primitives. Leur ancien habitat — d’après les renseignements que fournissent •a linguistique et la toponymie — semble devoir se situer au nord des Carpathes, dans la région des sources du Pripet et du cours supérieur du Boug occidental, où elles étaient connues sous le nom de Vénèdes ou Wendes, d’Antes et de Sclavènes. De là, elles se dispersent aux quatre points cardinaux et prennent la dénomi­nation qui les distingue jusqu’ici : Polonais au nord, Tchèques et Moraves à l’ouest, Slovènes, Croates et Serbes au sud, Russes à l’est. C’est cette dernière branche des peuples slaves qui était appelée au plus grand avenir, car elle avait devant elle les espaces libres et illimités de l’Eurasie. C’est ainsi que nous verrons les Slaves orientaux avancer successivement des bords du Dniepr à ceux de l’Oka et de la Volga, pour envoyer des colons dans l’Oural, en Sibérie, aux rivages du Pacifique et, enfin, jusque sur les côtes occi­dentales de l'Amérique.

CARACTÈRE DES SLAVES

Parmi les Aryens d’Europe, les Slaves forment, psychologique­ment, un groupe bien déterminé, et qui se distingue nettement des autres. Tandis que les Germains étaient des guerriers, des aventuriers, des conquérants, tandis que les Grecs et les Romains surent unir à l’esprit militaire, ceux-là une remarquable initiative dans le do­maine artistique et littéraire, ceux-ci l’art de gouverner et de faire des lois, les Slaves restèrent en arrière sur la route de l’histoire. Ils se cantonnèrent dans le respect des vieux usages, des traditions religieuses et sociales, trait qui les rapproche du rameau celtique de la famille aryenne. Ils se rapprochent davantage encore des Aryens d’Asie, Persans ou Indous, pour lesquels était sacrée la vénération des antiques tabous.

Ce caractère si particulier de l’âme slave doit, sans aucun doute, être attribué à la prédominance du sentiment sur la raison. De là l’attachement aux choses du passé, à la religion particulièrement, la dévotion sincère, le sentiment profond de la nature pécheresse de l’homme, la charité coulant naturellement d’un cœur chaud. De là aussi un mysticisme qui pénètre tous les domaines de l’activité — ou du rêve.

Il faut noter toutefois que leur mysticisme pousse souvent les Slaves à s’enthousiasmer pour de nouveaux dogmes, pour de nou­velles idéologies. C’est ainsi que, traditionalistes à l’origine, ils peuvent aisément devenir des dissidents, des non-conformistes. Le terreau slave a vu fleurir d’innombrables hérésies : les Bogomiles du Moyen Age venaient de Bulgarie; les Hussites de Bohême symbolisaient à la fois la protestation de l’évangélisme contre le catholicisme romain et la lutte du slavisme contre le germanisme; les Polonais, généralement soumis aux disciplines de l’Église, ont cependant été entraînés par la séduction de sectes nombreuses. Quant au mysticisme russe, on sait qu’il est égaré dans toutes les nuées où peut s’évader l’âme avide du croyant.

Cependant, il serait erroné de confondre cette propension à l’hérésie avec la liberté de l’esprit. Elle en est aux antipodes. Elle n’est pas le produit d’une raison qui soumet au crible de la critique les dogmes et les préjugés qu’on prétend leur imposer au nom du passé. Elle n'est que l’élan du sentiment qui se jette, éperdu, d’une idéo­logie dans une autre, d’une discipline ancienne à une soumission nouvelle.

Transposée du plan religieux sur le plan politique, la primauté du sentiment crée des sujets plutôt que des citoyens, et des régimes plus tyranniques que libéraux. Le sentiment est ennemi de la loi : l’homme qui le suit n’est pas incapable de discipline, bien au con­traire, mais il faut que cette discipline lui soit dictée par son cœur, il faut que la vénération que lui inspire l’autorité soit de nature mystique. La loi, au contraire, est d’essence rationnelle et ce sont les Romains qui en donnèrent la notion véritable lorsque, sur les débris de la cité antique, toute pétrie de religion, ils construisirent leur empire laïque. Et ce sont les peuples les plus « raisonnables » — Anglais, Français, Américains des États-Unis — qui ont créé les modèles des régimes libéraux.

11 en va tout autrement des Slaves : de même qu’en religion, ils deviennent, souvent, de fidèles obéissants hérétiques exaltés, de même, en politique, ils passent tout droit de la soumission à la révolte. Et l’on peut, à côté du mysticisme, relever ici le second trait fondamental de la mentalité slave : l'anarchisme, l’incapacité à s'organiser en État solide et durable.

Parmi les nations slaves, celles même qui furent soumises à la discipline catholique — la tchèque et la polonaise ainsi que la femme lituanienne— ont donné bien souvent des exemples d’incohérence et de désordre. A plus forte raison fut-ce le cas des peuples slaves qui, soustraits à l’édu­cation romaine, n'eurent pour professeurs de droit que les scoliastes de Byzance. Aussi les Balkans et la Russie ont-ils produit des générations de rebelles de tous genres, dressés contre l’autorité au nom d’une liberté qui, fréquemment, confinait à la licence.

Mystiques, les Slaves ont préféré aux biens matériels le souci de leur salut éternel; anarchisants, ils ont préféré la révolte à la lente conquête des droits civiques. Ils ont ainsi méprisé à la fois l’argent et la loi. Ils ont été, de ce fait, moins bien organisés que leurs voisins, moins capables d'action réfléchie et méthodique, en d’autres termes plus « féminins ». Aussi ont-ils été longtemps asservis par eux. Nos langues elles-mêmes en ont conservé la trace : le mot esclave vient du mot slave, similitude, hélas, trop longtemps confirmée par l’histoire.

 

LES APPORTS DE SANG ÉTRANGER DANS L’ETHNÎE RUSSE

Le fond primitif de l’ethnie russe étant constitué par les Slaves orientaux qui vinrent se fixer en Dniéprie au vne siècle, quelles sont les modifications que firent subir à leur type originel les apports de sang étranger et les péripéties de l’histoire?

Les rares habitants que les Slaves trouvèrent en arrivant dans le bassin du Dniepr moyen — tribus finnoises au nord, hordes nomades au sud — semblent avoir été aisément refoulés par eux, les premiers dans leurs forêts, les seconds dans leurs steppes, sans qu’il y ait eu mélanges importants de populations.

Quant aux envahisseurs Scandinaves, dits Varègues, s’ils donnè­rent aux Slaves orientaux la notion de l’État et le modèle de quelques institutions, leur petit nombre ne leur permit pas de modifier le type physique de leurs nouveaux sujets. Ils furent bientôt absorbés par la population indigène au point qu’ils en oublièrent rapidement leur langue et que c’est à peine si l’on retrouve dans le russe quelques rares mots d’origine Scandinave.

Cependant, la voie commerciale du Dniepr ayant été, au xiue siè­cle, coupée de Byzance par les Tartares, le pays ruiné par leurs féroces incursions, une grande partie de la population émigra du côté de l’orient, où s’ouvraient de vastes contrées propres à la colonisation. Les nouveaux venus s’établirent le long des cours d’eau et des lacs, au milieu des immenses forêts qui couvraient le bassin de la Haute-Volga, de I’Oka et de la Kliazma et qui devaient prendre de nom de Grande-Russie.

Là ils se mêlèrent aux peuplades finnoises, dont le sang modifia et leur type physique et leur mentalité. Les traits du visage s’alour­dissent : les pommettes deviennent saillantes et le nez s’épate. Le corps devient moins élancé, moins souple, le caractère plus posé, plus porté à la mélancolie, l’esprit plus réaliste. Aguerris encore par la lutte contre une nature marâtre et contre le cavalier tartare qui les harcèle, les Grands-Russiens deviènnent plus rudes, plus énergiques, plus opiniâtres que les Petits-Russiens (dits aujourd’hui Ukrainiens) ou que les Polonais, chez lesquels le type slave primitif s’est conservé plus pur.

Quant à traiter le Russe de « Mongol », c’est faire preuve de malveillance, ou tout au moins d'ignorance. Si l’influence ethnique des Finnois a été considérable, celle des Tartares a été beaucoup moins importante. Les cavaliers asiatiques ne faisaient que tra­verser le pays en le ravageant, mais sans s’y établir à demeure. Ce n’est qu'après la chute de la Horde d'or qu’on vit, en assez grand nombre il est vrai, des notables tartares abandonner l’islamisme pour épouser une jeune Russe; ils firent souche de familles en vue, telles que les Ioussoupov, les Koutouzov, les Ouroussov; ils don­nèrent même un tsar à la Moscovie, Boris Godounov. Cet apport de sang asiatique dans la classe dirigeante russe lui conféra peut- être plus de dureté encore dans ses relations avec les inférieurs, plus de cruauté dans les répressions qu’elle exerçait, mais aussi plus de constance et de suite dans l’art de gouverner.

C’est ainsi que, en s’éloignant du berceau de leur race, les Grands-Russiens acquirent des qualités qui leur ont permis de réussir dans une entreprise où tous les autres peuples slaves ont échoué con server leur indépendance en tenant tête à de puissants voisins, Et c’est ainsi que, d’un État qui ne comprenait au début que quelques can.ons des environs de Moscou, ils surent constituer du x.v au xx“ siècle, par un effort entêté et continu, un empire qui s étend aujourd’hui des monts Carpathes à l’Océan Pacifique, des frontières de la Norvège à celles de l’Inde.